La poupée, Woolworth et moi

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Une autre fois chez Woolworth…  Dans la vitrine de Woolworth, j’ai vu la plus magnifique poupée au monde.

En fait, il y en avait deux. Deux soeurs.  L’une était blonde avec de jolies nattes, une robe rouge et un tablier blanc.  L’autre avait les cheveux blancs (platine) toujours avec de jolies tresses, une robe bleu et le même tablier blanc.

Mon coeur de petite fille s’est emballé.  Déjà dans ma petite tête, j’ai décidé que la blonde irait à ma soeur Diane.  Et que celle qui était si différente, si pas comme les autres poupées, celle aux cheveux blancs, c’était MA poupée.

Je savais déjà à 8-9 ans que nous étions pauvres et que de demander à maman de m’acheter une poupée c’était ÉNORME.

J’ai un jour pris mon courage à deux mains et après être passée et repassée devant la fameuse vitrine où je ne voyais plus que ma poupée de rêve, j’ai osé en parler à ma mère.

Plus tard, je ne sais plus quand (les enfants ont tellement une notion du temps élastique vers l’infini!) maman est arrivée avec des présents pour tous les enfants. Elle avait dû se priver comme c’est pas possible.

J’ai eu ma jolie poupée, ma soeur a eu la sienne, il y a eu un jouet pour Nicole et un camion pour mon frère André.

J’étais si heureuse.  J’en prenais soin comme d’un trésor car c’était ma première poupée neuve, une qui n’avait pas les cheveux collés sur le crâne  mais implantés.

Je ne défaisais pas ses tresses pour ne pas l’abîmer.  Je la berçais et lui confiais mes petits secrets. Elle était ma confidente, je la couchais sur mon lit et lui parlais, longtemps.

Maman, parfois nous emmenait au comptoir restaurant de Woolworth où elle nous payait un hot dog ou un dessert.  J’aurais voulu apporter ma poupée mais cela ne se faisait pas.

 

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Un jour, mon petit frère a décidé de jouer avec des ciseaux. Dieu seul sait comment il a pu se les approprier.  Mais il a rasé les cheveux de nos deux poupées.  J’ai tellement pleuré.  J’étais si déçue.

Ma soeur, je ne sais pas.  Elle n’en a jamais parlé sauf pour rire de cette histoire des années plus tard.

Woolworth, je pensais que c’était le paradis quand j’étais petite!

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Orange en anglais c’est « Orange »!

Woolworth

Vers 1958, j’habitais dans le bout des rues St-Urbain et Ste-Catherine, à Montréal. Quand je me hasardais  sur la Catherine, de l’autre coté, me faisant face et s’étendant d’un coin de rue à l’autre, il y avait le paradis de la petite fille que j’étais:  le « Woolworth ».

Un jour, mon grand-papa maternel, Napoléon Pauzé m’a emmenée au Woolworth, nous avons abouti devant le rayon des livres d’enfants et des livres à colorier.  Le tout en anglais bien sûr dans un quartier pauvre et ouvrier francophone. M’enfin!

Donc, grand-père, que tout le monde appelait « Polion » m’a demandé si je désirais quelque chose.  J’ai dû lui montrer un cahier à colorier.  Nous l’avons feuilleté.  J’étais fascinée devant les belles grosses images qui m’invitaient déjà à leur ajouter de la couleur de crayons de cire.

Alors, j’ai dit à grand-papa:  Pourquoi c’est écrit comme ça?  J’comprends pas!  C’est pas du français ça!

« Non, ma belle.  C’est de l’anglais. »

J’ai dû faire la moue car alors il a rajouté:  « Tu sais, c’est pas difficile l’anglais.  Je vais te montrer.  Tu vois ce dessin? »

« Oui. »

« Qu’est-ce que c’est? »

« Ben, c’t’une orange! »

« As-tu vu le mot en dessous? »

Et alors, mon visage s’est illuminé:  « Orange!  Ben eille! c’est pareil »

Grand-papa a alors prononcé le mot à l’anglaise et j’ai alors adopté l’idée que ce serait facile d’apprendre cette langue qui m’était étrangère.

Plus tard, il m’a dit qu’un jour, si je voulais avoir une « bonne job », il me faudrait parler anglais.

Je ne me souviens pas lui avoir demandé pourquoi.

Et c’est ainsi qu’au Québec, en 1958, une petite fille de 7 ans a compris que l’anglais était supérieur au français.  Que sa langue n’était pas la langue la plus importante.

Aujourd’hui, je suis bilingue.  Je suis contente car j’ai une facilité pour apprendre les langues.

J’ai eu de très bons emplois pour une  « damn french canadien girl ».  Mais, j’ai un amour fou, irraisonné pour ma langue maternelle.

Vive le Québec libre.