L’ordre dans le désordre

cabane a sucre 1991 3

 

Tantôt, sur Facebook, un ami me disait que j’écrivais bien et où donc me cachais-je durant tout ce temps?

Il y a longtemps que je veux écrire sur toutes sortes de sujets m’ayant préoccupée, affectée, transformée, sur ma vie un peu particulière.

Je m’étais fait un schéma rigide de ce que devrait être ma « biographie », mon blogue racontant mon histoire.  Il fallait que ce soit chronologique!  Comme j’aime l’ordre et la méthode et que je n’imagine pas mon intérieur, ma maison sans règles précises (sans être maniaque tout de même!), je ne pouvais concevoir écrire sans des paramètres clairs, balisés. Alors, cette barrière, cette limite que je m’étais imposée m’empêchait d’avancer, de commencer  à écrire.

En bon québécois, j’avais la « chienne ».

Puis, une idée s’est formée lentement, toute petite, insignifiante;  laquelle a fini par faire son nid dans un coin de mon cerveau.

Pourquoi ne pas écrire à partir d’idées, d’impressions, de sujets, d’expériences, sans ordre nécessairement, de façon éparse, sans ligne chronologique directe? Un peu comme lorsqu’on lance les dés sur la table à cartes.

Cette façon d’appréhender l’écriture me semble plus vivante, plus collée à qui je suis réellement.

Je n’utiliserai pas de belles phrases dignes de l’Académie française.  Je parlerai ma langue, la langue de mes ancêtres, ce français québécois qui fait tant sourire nos cousins de France et se moquer ceux qui cherchent des prétextes pour nous diminuer, pour rire de nous… parce qu’ils ont peur de notre résistance, de notre résilience de plus de 400 ans.

Alors, voilà, un blogue.  Mon blogue.  Il commence maintenant, aujourd’hui. 

Je vais mieux le nourrir que le précédent.  Celui où j’avais commencé en suivant une toile rigide.

Qui m’aime me suive!

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Ecrire?

denise

Suis en train de lire « Bird by Bird », d’Ann Lamont. Ecrivaine et professeur, elle a produit ce petit livre pour aider des êtres comme moi qui veulent écrire mais ne savent pas par quel bout commencer.

Je me revois encore sur la rue De Montigny au tout début de 1960: j’ai 9 ans et j’ai ouvert un cahier car je veux écrire un conte de fées moi aussi.

J’ai commencé.  Ai-je écrit un paragraphe ou une page?  Je ne sais plus.  Je me revois, assise à la petite table de bois sur laquelle je servais le thé à mes poupées et nounours…la tête penchée sur le petit cahier, la page blanche devant moi … Appliquée, la langue un peu sortie sur le coin de la bouche et je forme les mots de ma toute nouvelle écriture, je remplis une ligne, puis deux…Moment de tendresse pour la petite qui voulait laisser déjà sa marque, écrire quelque chose.

Mais, je ne l’ai jamais terminé ce petit conte.  Je ne sais plus du tout où est passé le cahier en question.

J’ai dû l’utiliser pour autre chose!

Plus tard, à la pré-adolescence, comme presque toutes les filles de ma génération, j’avais un petit journal intime dans lequel je notais les petits événements de ma jeune vie.

Puis, est arrivé le moment où l’ex-religieuse qui me « gardait » a découvert mon journal intime.  Je l’avais mal caché.

J’y racontais entre autres, combien m’attirait un garçon nommé Philippe à l’École secondaire Wilfrid-Pelletier, Ville d’Anjou.  J’avais le béguin pour lui.  Mais, eille!  A 13 ans en 1964, il n’y avait rien de « péché » ou d’impur dans cette vision que j’avais. Ce n’est pas ce qu’Elle m’a fait comprendre.  Rêver d’embrasser un garçon c’était péché!

C’est alors qu’elle m’a poussée vers le grand miroir de ma chambre et m’a dit d’un ton convaincant:  « Regardes-toi, t’es tellement laide que jamais un homme ne voudra de toi! « 

Et je l’ai crue.  Effet dévastateur sur ma vie.  Premier résultat:  j’ai foutu mon journal intime aux vidanges.  Je n’en ai réécrit un que 30 ans plus tard sous d’autres humiliations et chagrins de jeune femme.  Deuxième conséquence:  J’ai longtemps cru que j’étais le pire laideron ou presque que la terre ait porté.  Plus tard, je l’ai fait mentir cette méchante frustrée.

Mais depuis toutes ces années, périodiquement, je revenais à l’idée d’écrire.  De tenter d’écrire parce que ma vie n’est pas une vie sans nuages.  Ni une vie ordinaire.  J’ai vécu suffisamment de chaos et de changements émotifs et psychologiques que ma vie mérite d’être connue.

En même temps, ce qui m’arrête, ce qui me stoppe et me fait surtout hésiter, c’est la pensée fort négative que personne ne peut s’intéresser à ce que j’ai à dire… A raconter.

Alors, voilà, j’écris ceci… je lis sur l’art d’écrire et je sais que je manie le verbe parlé et écrit avec assez d’habileté car souvent, on me demande pourquoi je n’écris pas.

Mais ce qui me motive, ce qui me rend l’écriture facile c’est lorsque je suis sur le coup d’une émotion, d’une passion.  Dans ce temps-là, les mots coulent de source.  Ils sont faciles à dire, à mettre sur papier ou à crier, tout dépendant.

Je ne sais pas où me conduira ce blogue.  Je ne sais pas ce que je ferai du reste de ma vie.  J’ai envie d’écrire.  Lentement, doucement, calmement.  Je veux aller vivre à la campagne, entendre les oiseaux de ma fenêtre et écrire.  On verra ensuite.

Je veux la solitude de temps à autres.  Je veux prendre un café sur mon patio, regarder mon chat dormir sur une chaise d’été et mon chien se reposer à mes pieds. Mon chum qui passe derrière moi et pose doucement sa main sur ma nuque avec toute la tendresse et l’amour dont il est capable.

Je veux écrire. denise2